jeudi 11 février 2016

Tess d'Urberville de Thomas Hardy


Il y a très très longtemps (environ 15 ans), j’ai vu l’adaptation de Tess par Roman Polanski et cette histoire m’avait profondément marquée. Mais, je n’ai jamais revu ce film et je n’avais pas encore lu le livre bien qu’il soit sur ma liste de livres à lire depuis très longtemps.

L’an dernier, Thomas Hardy était à l’honneur avec l’adaptation de Loin de la foule déchaînée par Thomas Vinterberg. J’en ai profité pour découvrir cet auteur que je n’avais encore jamais lu. J’ai lu et aimé ses nouvelles du recueil Une femme d’imagination et j’avais commencé Tess, mais je n’avais pas eu le temps de le finir et entre-temps j’étais passée à autre chose (j’ai beaucoup papillonné en 2015). Mais ce n’était que pour mieux le reprendre, puisque j’ai fini les 200 dernières pages en une journée.

Le livre est aussi redevenu un peu à la mode grâce (à cause ?) de 50 shades of Grey puisqu’il est cité comme étant un des livres préférés de l’héroïne. Si je n’ai pas lu le livre, j’ai vu le film (meilleur film comique de 2015) et je ne résiste pas au fait de vous citer l’un des passages qui fait référence à Tess. J’avoue que je le cite de mémoire et que c’était donc peut-être un peu mieux dit que cela (ou bien c’était encore pire ce qui est possible aussi).
"- Vous aimez la littérature anglaise ? (Christian Grey)
- Oui (gloussement de dinde ou machouillage de cheveux)
- Les soeurs Brontë, Jane Austen, Thomas Hardy ? (il s'y connait le Christian !) 
- Hardy plutôt (Bella avait déjà pris les Hauts de Hurlevent et Jane Austen n'est sans doute pas assez sexualisée)
(...) 
- Vous êtes une romantique ? (sens cucul du terme, pas sens du mouvement littéraire)
- Bah oui (gloussement de dinde ou machouillage de cheveux)
- Ah oui, j'oubliais vous aimez la littérature anglaise !"
 Les amateurs de littérature anglaise (dont je suis)  apprécieront la vision que l’on a de nous. Je me souviens avoir bondi de mon siège.

Mais revenons à nos moutons,  ou plutôt à nos vaches du Wessex. Tess est une jeune femme aux ambitions simples : elle rêve de devenir maîtresse d’école. Mais un soir, elle s’endort en conduisant la charrette familiale et tue accidentellement le cheval qui permettait à sa famille de transporter leur production jusqu’aux villages voisins. Se sentant redevable, elle accepte de s’occuper d’un élevage de poules dans une famille qui leur serait vaguement apparentée. Mais elle tombe alors dans les griffes du fils de la famille, Alec d’Urberville, qui la poursuit de ses assiduités ce qui va ensuite être la cause de sa chute sociale car elle va devoir porter un lourd secret.

Ce que j’aime chez Thomas Hardy (et que j’avais déjà apprécié dans ses nouvelles) est cette impression que ses héros passent à côté du bonheur à cause de petits riens, de phrases qui n’ont pas prononcées, de gestes qu’ils n’ont pas faits mais que tout aurait pu être différent s’ils avaient eu un petit coup de pouce du destin. Si la lettre de Tess ne s’était pas retrouvée coincée sous le tapis ou bien si elle n’avait rien dit à Angel, elle aurait sans doute eu une autre vie (ces possibilités se prêteraient  d’ailleurs très bien à une réécriture, je m’étonne qu’il n’y en ait pas à ma connaissance). Cette façon de passer si près du bonheur m'émeut beaucoup.

Si Tess passe à côté du bonheur, elle n’est pas épargnée par le malheur la pauvre. Séductrice malgré elle, sa beauté sera sa croix. D’ailleurs, elle essaie même de s’enlaidir un moment pour échapper aux regards des hommes. En même temps, je n’arrive pas complètement adhérer à son personnage à cause de sa soumission et sa vénération aveugle envers Angel qu’elle trouve parfait à tel point qu’elle se plie à toutes ses décisions sans réagir. Au moins face à Alec, elle lutte. Même si j’ai tout de même de la peine pour elle et sa destinée si tragique.

Certaines scènes sont très belles et très poétiques comme la fête de mai où les jeunes filles dansent ou bien encore la crise de somnambulisme d’Angel.

Habituellement, je n’aime pas les descriptions qui concernent l’agriculture. Mais Hardy a réussi à me faire apprécier ces passages. Je n’ai pas sauté une ligne quand il évoquait la traite des vaches ni les travaux des champs. J’ai beaucoup aimé sa description d’un monde qui s’éteint, de ces ouvriers agricoles forcés à l’exode rural car ils sont remplacés par des machines

Partie à éviter si vous ne connaissez pas l’histoire.

J’aime particulièrement les romans qui soulèvent des débats sur leur interprétation et Tess en fait partie, même si le premier débat me paraît entièrement masculin. Lors de ma lecture, je n’ai douté à aucun moment que Tess avait été violée par Alec. Honnêtement, je ne vois pas comment on pourrait donner son consentement en étant ENDORMIE. Mais visiblement, c’est un débat autour du livre car pour certains, les hésitations de Tess envers Alec étaient peut-être des tentatives de séduction. J’avoue avoir arrêté de lire l’introduction (lue après avoir fini le livre comme il se doit) tellement les arguments de l’auteur me semblaient idiots. J’ai lu d’autres articles mieux argumentés depuis, mais dans mon esprit il ne fait aucun doute qu’Alec a abusé d’elle.

Il n’en reste pas moins qu’Alec est un personnage fascinant dans tout ce qu’il a de contradictoire. J’avoue avoir été très étonnée, par son retournement spectaculaire quand il pense découvrir la foi mais que le simple fait de voir Tess le fait retomber dans ses démons. Tess est sa tentation et il est incapable de lui résister. S'il est évidemment condamnable, il a quand même un côté pitoyable. Il essayera  de réparer ce qu’il a fait même si, en fait, il aggrave les choses.

Angel est aussi un personnage ambivalent. S’il apparaît comme le sauveur, l’ange salvateur de Tess, il se retrouve empêtré dans les conventions de son époque alors même qu’ils les avaient en partie rejetées au niveau de la religion ou bien même du système social quand il décide d’épouser Tess alors qu’elle lui est inférieure.  Mais, il devient lui aussi son bourreau de par son aveuglement. Qu’il la rejette semble un comportement assez logique vu qu’il est un homme de son époque, mais il ne voit pas les extrémités auxquelles il la pousse (voire même auxquelles il pousse les autres femmes). Il est pour moi autant l’artisan de son malheur qu’Alec.

J’ai aussi beaucoup aimé le dilemme moral auquel est confrontée Tess : doit-elle ou non révéler son secret à Angel ? J’ai trouvé ces pages très intéressantes car à chaque fois le destin s’interpose jusqu’à la nuit de noces.

J’aurais juste un petit regret quant à la fin que je ne trouve pas complètement  à la hauteur du reste. Je trouve la fuite de Tess et surtout son arrivée à Stonehenge un peu trop précipitées. Le côté sacrificiel de l’ensemble de l’ouvrage était déjà assez visible, je pense qu’il n’y avait pas besoin de souligner cela par les ruines de Stonehenge. Par contre, la dernière page est magnifique de pudeur et de retenue.

Lecture commune avec Marmelade de livres, Philisine Cave (billet à venir) et aussi sur Whoopsy Daisy. 




En plus d’avoir beaucoup d’autres romans de Thomas Hardy dans ma PAL, je vais regarder les trois adaptations de Tess que je possède. J’ai aussi le roman Winter de Christopher Nicholson dans ma PAL et il raconte justement la mise en scène de Tess par Thomas Hardy. (Il est exceptionnellement traduit en français sous le titre Hiver pour ceux que ça intéresse).

Participation au challenge A year in England 


16 commentaires:

  1. Ce qui me fait tomber de ma chaise c'est que tu sois allée voir "50 shades of grey" !!! Un roman que je n'ai pas encore lu malgré mon amour inconditionnel de Thomas Hardy. Mais cela ne devrait plus tarder ! En revanche, j'ai lu "Hiver" que j'ai beaucoup aimé.

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    1. J'y suis allée avec des copines. Je n'étais vraiment pas convaincue, mais j'ai bien rigolé.
      J'ai failli commencer Winter tout de suite, mais il faudrait déjà que je termine ce que j'ai en cours ;-)

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  2. Ce roman me tente depuis très longtemps... Un jour prochain, il faudra que je me laisse aller à l'ouvrir.

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    1. Il se lit vraiment très facilement, la plume d'Hardy est très fluide !

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  3. Je l'ai lu il y a quelques années... et j'ai détesté, il est même dans mon top des pires livres que j'ai lus :-) J'ai tout détesté, Tess, Angel (qui est quand même un sacré c**), l'histoire, le style de Thomas Hardy - mais surtout Tess que j'ai trouvée tellement insupportable que je n'ai jamais réussi à éprouver la moindre sympathie ni pitié pour elle. En le refermant je me suis demandé comment ce roman pouvait être culte pour autant de gens. Bref, c'est peut-être un chef-d'oeuvre mais ce qui est certain c'est que je suis totalement passée à côté ^^ !

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    1. Non je comprends totalement qu'on ne puisse pas apprécier Tess et c'est clair qu'Angel n'est pas un...ange ;-)
      On a tous un livre qu'on n'aime pas alors que beaucoup de monde aime. Je vois ce que l'on peut ne pas aimer dans Hardy. Mais moi j'aime bien ;-)

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  4. Il est vrai que la fin n'est pas à la hauteur du reste de l'oeuvre. Comme toi, Hardy a su me faire apprécier les descriptions agricoles. Il est vrai que la fête de mai est un moment magnifique ! J'ai très envie de voir les adaptations et lire d'autres romans de l'auteur. Mon dieu, Tess en référence de 50 shades of Grey ? Pff, ça me fait penser à Les hauts de Hurlevent : le roman préféré de Bella dans Twilight grrrr.

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    1. Oui il est référencé dans 50 shades of grey mais je peux quand même y voir plus un lien qu'entre Twilight et Hurlevent.

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  5. Ta chronique est vraiment ultra complète. Je n'ai pas encore vu les adaptations, mais j'espère qu'elle te plairont!

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    1. Merci !!! J'espère qu'elles me plairont aussi mais d'après ce que j'ai lu, elles sont toutes 3 de qualité.

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  6. J'ai tout aimé dans cette histoire : on se rejoint globalement. Bises

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    1. Je suis bien contente que ce soit le cas !

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  7. Je finirais peut-être par le relire. J'avais détesté surtout la fin mais je n'aurai peut-être pas le même regard que plus jeune... Je ne me rappelle plus pourquoi ( à part la fin) j'avais autant détesté ce roman...

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    1. Ca dépend à quel âge tu l'as lu, mais effectivement ton regard aura surement changé. Après, Hardy c'est spécial, on aime ou on n'aime pas.

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  8. Mon dieu tu m'as fait mourir de rire avec ta restitution de 50 Shades of Grey... Tess, je l'ai lu il y a un moment, après avoir vu le film de Polanski (que j'adore). Ce qui m'avait frappée en le lisant, c'est à quel point N. Kinsky collait au personnage, y compris physiquement. Je suis assez d'accord avec toi pour la fin, c'est un peu trop! Pour le reste, je partage tes impressions.

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    1. Sincèrement, je pense que j'améliore le script ;-)
      Oui c'est vrai, N. Kinsky est Tess, elle a cette beauté et cette innocence qui colle bien au personnage.

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