dimanche 28 février 2016

Portrait de femme d'Henry James





Aujourd’hui, c’est le centième anniversaire de la mort d’Henry James. J’ai donc décidé de lui rendre hommage en organisant une LC de Portrait de femme avec AnGee du Livroscope.

Je n’ai pas encore beaucoup lu Henry James (seulement Les papiers de Jeffrey Aspern, Le tour d’écrou, Daisy Miller et Washington Square), mais à chaque fois j’ai été séduite. Ce que j’aime chez Henry James (et que souvent les gens n’aiment pas), c’est la façon dont il joue sur notre frustration, sur notre incertitude et surtout combien peut s’interroger après avoir lu l’un de ses livres et ne pas avoir du tout la même perception des événements qu’un autre lecteur (voir mon billet sur Le tour d’écrou). Je dois dire que Portrait de femme ne fait pas exception à la règle.

J’ai mis beaucoup de temps à lire ce livre (presque deux ans) non pas parce qu’il ne me plaisait pas, mais parce que je l’ai commencé à des moments où je n’avais pas forcément beaucoup de temps pour lire et je n’aime pas laisser traîner mes lectures. De plus, je ne pouvais pas vraiment l’emmener partout avec moi car il est quand même assez encombrant. J’ai donc lu trois fois les 100 premières pages et je dois dire que je ne me suis jamais lassée de les relire. Je sais que certains trouvent le style de James difficile, personnellement je trouve que ses phrases glissent toutes seules.

Portrait de femme raconte le parcours d’Isabel Archer. Jeune américaine, elle est invitée par sa tante en Angleterre. Isabel, éprise de liberté et ravie de se voir donner une chance de visiter le monde, accepte avec enthousiasme.
À son arrivée en Angleterre, elle charme tous les hommes qu’elle rencontre : son oncle mourant, son cousin maladif et leur voisin Lord Warburton. À tel point que celui-ci lui demande de l’épouser. Isabel refuse car elle ne l’aime pas et elle espère autre chose de l’avenir, sans savoir précisément quoi. Un de ses soupirants américains, Caspar Goodwood, fait la traversée pour venir lui aussi lui demander sa main. Elle refuse de même.

Isabel n’est pas forcément le personnage le plus facile à comprendre mais je l’ai beaucoup aimée. Intelligente, elle espère faire quelque chose de sa vie et surtout être libre. Elle ne veut pas dépendre d’un homme et ne veut pas épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas. Elle va se retrouver indépendante financièrement et ainsi pouvoir choisir sa destinée. Je pense ne pas trop révéler de l’intrigue en disant qu’elle va faire un mauvais choix. Ce sont les raisons de ce choix qui sont intéressantes et qui peuvent être perçues de manières différentes. Isabel aurait-elle fait le même choix si elle n’avait pas eu d’argent ? Est-ce l’argent qui a fait son malheur ? Ou bien est-ce son orgueil ? Ou le fait qu’elle soit persuadée d’avoir des motifs purs et d’avoir raison ? Est-elle vraiment responsable ou est que ce sont les autres personnages qui l’y ont poussée ? Sa fidélité à ses idéaux force-t-elle l’admiration ou bien n’est-ce qu’un stupide entêtement ? 

Le livre s’appelle Portrait de femme mais il aurait très bien pu s’appeler Portraits de femmes tellement les autres personnages féminins sont intéressants. 
Je pense tout d’abord la tante d’Isabel, Mrs Touchett qui est entièrement indépendante bien que mariée. Elle ne fait que ce qu’elle désire et passe la majorité de son temps éloignée de son mari et de son fils.
Serena Merle est aussi un autre personnage fascinant. Elle veut donner aux autres l’impression d’être parfaite même si on sait dès le départ qu’elle est une intrigante. Malgré tout le mal qu’elle fait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir pitié d’elle quand la révélation finale tombe.
Henrietta Stackpole, la journaliste et amie d’Isabel est aussi une femme libre de par son métier. Elle trouve d’ailleurs que les Anglais sont bien ennuyeux avec toutes leurs règles de bienséance et jure qu’elle n’en épousera jamais, même si elle devient très amie avec un gentleman.
Pansy Osmond est aussi un personnage très intéressant bien qu’à l’inverse de toutes les autres femmes précédentes. Élevé dans un couvent, elle n’a pour but  que d’obéir à son père et de satisfaire les désirs des autres. On peut d’ailleurs se demander si cela la rend plus heureuse ou malheureuse que les autres.
Sa tante, la comtesse Gemini est elle aussi une femme à part. Sa réputation sulfureuse fait d’elle une paria de la bonne société. Son égoïsme fait qu’elle ne prévient pas Isabel de ce qu’elle risque.

Face à tous ces beaux portraits de femmes, je trouve que les hommes sont un tout petit peu en reste,  ce qui fait que je ne lui ai pas donné la note de cinq sur cinq.
En relisant la première partie, j’ai trouvé que les caractéristiques traditionnelles des hommes et des femmes de l’époque étaient inversées. Ainsi, on commence livre avec une cérémonie du thé savourée par des hommes qui sont souffreteux et qui échange des commérages alors que débarquent les indépendantes et très actives Isabel et Mrs Touchett.
Ralph, le cousin d’Isabel est le personnage masculin le plus intéressant. Quasi omniscient, il prédit presque tout ce qu’il tout ce qu’il va se passer à une seule exception qui sera sa plus grosse erreur.
Lord Warburton, président prétendant Isabel, est lui aussi a été assez touchant par son attachement aveugle et en même temps sa présence amicale.
Par contre, Osmond m’a un peu déçue. Je trouve qu’on n’arrive pas vraiment à le saisir, qu’il n’est pas assez consistant et qui n’est pas assez présent dans le livre pour qu’on puisse le détester comme on le devrait.
Mais celui qui ne m’a vraiment pas plu est Caspar Goodwood. Si au début on a un peu pitié de lui, son côté carpette m’a profondément fatiguée à la fin.

Fidèle à son habitude de nous frustrer, Henry James termine le livre en nous disant où Isabel va mais pas ce qu’elle va y faire, ce qui peut être sujet à de nombreuses interprétations.


Je compte voir  bientôt l’adaptation avec Nicole Kidman, je pense que je rajouterai un petit mot sur ce billet quand je l’aurai vue.

Julie Wolkenstein a écrit un roman, L'excuse, qui s’inspire des personnages de Portrait de femme. Je vais enfin pouvoir le sortir de ma PAL.

Enfin, il me reste beaucoup d’Henry James à découvrir pour mon plus grand plaisir. Je ne sais pas encore quel sera le prochain. De plus, il y a eu beaucoup de publications pour le centenaire donc je pense que ma PAL risque encore d’augmenter !




16 commentaires:

  1. "un épisode international" : court et très bien...

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    1. Oui je me souviens de ton billet, j'y penserai !

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  2. Quelle magnifique présentation! Tu m'as donné envie de le lire :)

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  3. Je n'ai lu que Le tour d'écroue. Le style de l'auteur est assez frustrant mais pourtant je me souviens avoir bien aimé...Frustrant, parce que à la fin je n'étais pas sûre d'avoir bien compris !
    En tout cas, bel avis, je suis tentée maintenant ;)

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    1. Ce qui est particulièrement fort avec Henry James, c'est que justement, on peut comprendre ce qu'on veut et même interpréter très différemment les événements. Moi je n'avais vu qu'une seule solution au Tour d'écrou et j'ai été estomaquée quand j'ai lu les avis des autres !

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  4. Et voilà, je suis tentée ! Je n'ai lu que le Tour d'écrou mais ça a été une révélation.

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    1. Je préfère quand même le Tour d'écrou. Mais j’aime définitivement James.

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  5. Tu donnes sacrément envie ... Mais comme toi, je manque de temps (et surtout de concentration) pour me lancer dans ce genre de classique en ce moment ... Pourtant, j'avais adoré "Les Bostoniennes" et "L'auteur, l'auteur" de Lodge. Peut-être cet été ?

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    1. Oui je l'ai repris et reposé à plusieurs reprises même si j'aimais beaucoup. Au final, je l'ai quand même lu assez vite, mais il faut que ce soit le bon moment.

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  6. Ta chronique est tellement complète! Merci pour L'excuse, que je ne connaissais pas, je vais voir pour le trouver!

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    1. Merci ! J'avais bien aimé Colloque sentimental de Julie Wolkenstein qui était très proche de James dans le fait qu'elle ne nous révèle pas tout et qu'on en sort un peu frustré.

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  7. J'ai envie de le lire depuis longtemps mais je n'ai jamais sauté le pas ! En tout cas, tu donnes envie avec ce billet !

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    1. J'espère que tu auras le temps de le lire !

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  8. Tu as une jolie collection ! Henry James est un auteur que je dois découvrir.

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    1. Merci ! Henry James, c'est spécial, ça passe ou ça casse !

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